Les deux visages de la mante.

 

 

 

Née de parents embourgeoisés,

 

Peu fiers de leurs origines

 

Sur le passé ont pris vengeance

 

En misant tout sur l’apparence

 

 

 

L’araignée disait aider les « petites gens »

 

Contre argent sonnant et trébuchant

 

Pour un beau jour pavaner en toute assurance

 

Étalant, à l’instar  de son ami Melon de la principauté

 

Le symbole suprême de sa réussite,

 

Une grande et rutilante diligence.

 

 

 

L’abeille dotée d’œillères et de clichés

 

Mais laborieuse servante de sa moitié

 

Soucieuse de sa financière sécurité

 

Soutenue par des religieuses, se soumit au système

 

Refusant d’admettre que l’on recherche à respirer

 

Le cadre et la simplicité rude de sa région quittée.

 

 

 

Mante a grandi dans cette ambiance

 

Se nourrissant de cette vision de la vie

 

Au rythme de ses exigences

 

Sans devoir se battre pour que l’avoir lui sourie.

 

 

 

En phase de socialisation

 

Après ses trois premières métamorphoses

 

S’échappant de l’ Oothèque parentale

 

Troquant couleur verte pour un discret marron

 

 

 

Le jeune spécimen à l’apparence trompeuse

 

En quête de quelques raisons de vivre et d’activité

 

Se mit à s’occuper de ses jeunes congénères

 

Et prenant exemple sur autrui, son attirance vint à tester.


 

 

Une Buse curieuse, à l’affût de grands espaces et de liberté,

 

Permit, naïvement, au tigre de l’herbe de s’y exercer,

 

Sans que ce dernier, toutefois, n’ait de désir de conjuguer,

 

Déjà là, les dés étaient pipés,

 

Car son intérêt premier,

 

Était déjà l’apparente assurance en société,

 

A chaque sortie, activité proposée,

 

Invoquait son absence d’ailes,

 

Fuyant toute intimité pour quelques services donnés,

 

A de soi-disant amis purement intéressés.

 

 

 

Désireux de construire un nid en toute indépendance,

 

Buse demande mariage après six années de prématurée patience.

 

La championne du camouflage se mit à envisager l’apparence,

 

Aux conditions d’araignée et abeille soumise,

 

Début d’une destructrice catholique et arrangeante errance.

 

 

 

Comédie d’un jour en deux actes

 

Que même un baiser public, en ce jour, fut refusé,

 

Car la princesse du jour, gavée d’un discours d’un autre temps,

 

Exerçait déjà un droit de coercition au sein du couple incohérent

 

Sentiments en quarantaine, qu’y avait-il à en espérer ?

 

Dès cet instant, l’éducation chrétienne de notre utopiste ailé

 

Lui servit de sinistre ombrage,

 

Car de compromis unilatéraux par l’insecte naturellement acceptés,

 

Il n’y eut d’écho et n’en subsistèrent que d’internes ravages.

 

 

 

Progressivement dépersonnalisé par un entourage aux œillères bien ancrées,

 

L’oiseau finit par croire être en devoir de rentrer dans le rang,

 

Reniant tout ce qui, à leurs yeux, faisait de lui un être dérangeant,

 

Ne lui laissant, sans dans le même idéal y participer, pour seul objectif et richesse,

 

Le développement de l’esprit et des membres de ses quatre merveilleux enfants.

 

 

 

Chaque printemps, demande de nid propre, respirable, original et indépendant fut présentée.

 

Refus et excuses récurrentes au volatile quémandant.

 

…Trop peu d’argent pour tant d’investissements dans l’engagement

 

…Trop peu de présence quand bonne rentrée d’espèces sonnantes et trébuchantes

 

…Progéniture trop grande, … confort en danger.

 

La mante gâtée, en insécurité, se mit en quête de s’en défaire sans se mouiller.

 

 

 

Sans scrupule, elle s’enquit de déclencher fourbement, discrètement, sans se discréditer,

 

Tout ce qui pouvait éloigner et faire sortir de ses gonds, sa moitié non désirée.

 

Allant, voyant ses serres recroquevillés, jusqu’à diaboliquement, au bec, lui cracher

 

« Frappe-moi , cela pourrait m’arranger ! »

 

 

 

N’ayant pas le résultat escompté,

 

d’un coucou profiteur et destructeur, à l’insu de tous, se fit l’alliée.

 

 

 

De camouflages en mensonges, la sextupède si bien entraînée,

 

Avec l’aide du dévastateur au mépris de sa progéniture,

 

Mit en place sa machiavélique quête dévastatrice,

 

Couverte par de méprisables amis et sinistres associés force parjures.

 

 

 

Sans difficulté, le cheval du diable en prie-Dieu déguisé,

 

Eut tôt fait d’évincer le naïf accipitridé de ses amis crédules ainsi isolé,

 

Prenant soin, pour estime garder,

 

De tromper la confiance totale de ses géniteurs.

 

 

 

Privé de ses ailes, toutes vérités étouffées,

 

Buse croyant avoir reçu, pour ses enfants, conseils avisés,

 

S’effaça pour laisser les plus grands s’envoler, ses petits dans un contexte familier,

 

Et du clan destructeur se protéger.

 

 

 

La mante percée à jour,

 

Après quatre ans par son sinistre comparse écartée,

 

Implorant pardon et inspirant pitié à sa descendance,

 

Comptant sur l’attachement inconditionnel de cette dernière, cherchant à se refaire virginité,

 

N’eut aucune difficulté à manipuler la vérité du passé pour se disculper.

 

 

 

Huit années furent cependant nécessaires pour reconstruire le volatile oublié, dépersonnalisé.

 

Buse a relu les parchemins de cette triste histoire.

 

 

Ils étaient toute sa richesse,

 

La première préféra accepter le stratagème pour intérêt,

 

Le second se protégea pour créer son propre nid,

 

La troisième peine à admettre la machiavélique entreprise,

 

Le quatrième se blottit sous la grande aile pour ne pas être sacrifié.

 

 

La mante aux deux visages croit son opération réussie,

 

Elle a juste trahi sa famille,

 

Et détruit plus de trois décennies d’idéal de vie,

 

Pour assurer sa survie.

 

 

 

Aujourd’hui, après avoir compris qu’il valait mieux reconstruire

 

plutôt que de remplacer une mante peu maternelle,

 

Après avoir recouvré toutes leurs valeurs et capacités dénigrées, détruites,

 

La louve et la buse partagent dialogue et intérêts

 

Pour ce qui fait la grandeur de leur milieu.

 

 

 

Partageant cette beauté et cette loyauté avec qui veut bien l’accepter.

 

Profitant de leurs différences pour créer de doux compromis

 

Et contribuer ainsi à l’épanouissement des leurs.

 

 

 

Puissions-nous un jour réunir tous nos cœurs déchirés en de doux instants partagés.

 

 

 

 

 

 

 

©Philippe Grimard (23 juin 2020) – Digital’Inn

 

(Extrait de « Tourner la page »)